Présentation de Philippe Lacroix

06 janvier 2006

Interview par Radio-Bleue IdF sur les raisons faisant que Nanterre ne s'ouvre pas aux crèches marchandes

J'ai été interviewé pour une diffusion lundi matin, 9 janvier, à 7h45 sur la nouvelle radio "Radio-Bleue Île-de-France", au sujet des crèches privées.

J'ai rappelé qu'il ne fallait pas confondre les crèches associatives et les entreprises de crèches que nous pouvons nommer "crèches marchandes". Autant je suis très favorable aux crèches associatives dont la grande valeur ajoutée est de favoriser l’implication des parents ou de simples citoyens dans un projet collectif d’éducation, je suis opposé aux crèches marchandes.

Radio-Bleue : La ville de Nanterre n'est pas favorable aux crèches privées. Pouvez-vous nous en expliquer les raisons ?

Philippe LACROIX : Les raisons de cette opposition aux crèches marchandes sont simples et reposent, d’une part sur des principes et, d’autre part, sur des raisons de fonctionnement.

Sur les principes, il y a trois principales raisons de cette opposition.

  1. Une crèche n’est pas qu’un simple lieu de garde. C’est un espace d’éducation. La garde vise à assurer la sécurité physique et psychique des enfants. C’est le moins que l’on puisse faire mais c’est très insuffisant. Une crèche c’est un espace de co-éducation au côté des parents. L’éducation est une valeur universelle qui ne se prête pas aux profits financiers. Nous nous devons de mettre des limites à la marchandisation des relations sociales.

  2. Les crèches marchandes sont, pour l’essentiel payées par la puissance publique, au travers de crédits d’impôts sur les sociétés et de subvention des Caisses d’Allocations Familiales. Il y a quelque chose d’immorale que notre argent, à nous tous, serve aux bénéfices de quelques actionnaires.

  3. La troisième raison est de circonstance. La ville de Nanterre va ouvrir, au mois d’avril prochain une nouvelle crèche. Elle aura coûté 3 millions d’euros à la ville et parce que la Caisse d’Allocations Familiales des Hauts-de-Seine finance les crèches marchandes, la ville de Nanterre, pour la première fois n’a reçue aucun financement de la CAF. Le gouvernement a fait le choix, ainsi, que l’argent public aille au secteur marchand au détriment des villes. C’est scandaleux et je ne décolère pas de cette nouvelle situation, d’autant que nous avons en projet l’ouverture de quatre nouvelles crèches.

Concernant les raisons de fonctionnement. Il faut savoir que les crèches marchandes refusent les enfants de moins d’un an. Pourquoi ? Parce qu’une crèche doit avoir plus de personnels lorsque les enfants ne marchent pas. Ainsi, les crèches marchandes pénalisent les parents pour assurer leur rentabilité.

Mais vous comprenez que c’est par ailleurs cohérent avec le discours du ministre de la famille, selon lequel les mères de jeunes enfants doivent être auprès de leur enfant. Et bien non ! Les femmes doivent pouvoir choisir de leur destinée. Les parents doivent pouvoir choisir et ce n’est pas le cas aujourd’hui et, je souhaite, avec d’autres, que soit créé, en France, un grand service public de la première enfance.

Posté par Philippe LACROIX à 18:02 - Petite enfance - Commentaires [4] - Permalien [#]

Commentaires

    Pas d'accord

    Je ne suis pas d'accord du tout avec vous. Je ne sais pas qui vous avez rencontré, mais ce n'étaient visiblement pas les bons interlocuteurs.... dommage pour vous. Et dommage pour Nanterre.

    Posté par Gwen, 25 janvier 2006 à 15:43
  • Quelles sont vos raisons ?

    Vous n'êtes pas d'accord avec les arguments que je développe (peut-être, trop succintement ?). J'aimerai lire les raisons pour lesquelles vous n'êtes pas d'accord ?
    Est-ce par principe, où vous considérez que tous les pans de l'activité humaine peuvent faire l'objet d'une marchandisation ?
    Est-ce pour une raison pragmatique et de circonstance ?
    En la matière je ne possède pas la vérité mais j'essaye, au regard de mes valeurs et des objectifs d'une politique de la première enfance, d'exposer, le plus simplement possible, les raisons pour lesquelles je suis opposé aux crèches marchandes.

    Posté par Philippe LACROIX, 26 janvier 2006 à 00:28
  • Regrétable, il est vrai mais je ne suis pas non plus d'accord

    Bonjour Monsieur LACROIX,
    Je regrette effectivement que pour la création de votre service de bien public, il n'y ait pas eu de subvention.
    Cependant, il est tout aussi regrétable de porter votre amertume sur d'autres structures (celles ci privées).
    Mère de 2 jeunes enfants, je connais le marathon, l'angoisse et les souccis que provoque le manque de places de garde pour les enfants en bas âge.
    Jeunes parents nous en sommes tous conscients.
    Alors je pense qu'il ne faut pas décourager les créations de moyens de garde même si elles sont privées. Mais au contraire je pense qu'il faut être sélectif et renforcer les contrôles dans les structures d'accueil de façon à promouvoir l'épanouissement de nos enfants tout en assurant leur sécurité.
    Cordialement,

    Posté par Gaëlle, 28 février 2006 à 08:52
  • Ne voyons pas le mal partout

    Bonjour,

    je suis le fondateur de la société La Part de Rêve, spécialisée en création de gestion de structures d'accueil Petite Enfance. Et je ne choisi pas mon vocable par esprit commercial.

    Je ne connais pas les raisons qui ont conduit à ce que votre ville n'ait pas été subventionnée par la CAF pour votre nouvel établissement. Et je suis d'accord pour dire qu'il ne faut pas qu'un projet privé s'installe au détriment d'un projet 100% public.

    Ceci étant dit, il faut bien voir que les villes de France ne sont pas en mesure, pour la plupart d'entre elles, de porter seules la création et la gestion d'un lieu d'accueil Petite Enfance suplémentaire. Le nombre de créations n'a pas augmenté au cours des 20 années précédentes 2005.
    Le recours au privé a permis, par contre, l'émergence de nombreux nouveaux projets depuis quelques mois. Ainsi nous portons actuellement un projet (sur la zone industrielle de Toulon-Est, Var) alors que celui-ci n'avait pas pu aboutir durant ces 20 dernières années.

    Concernant les motivations des créateurs d'entreprises, vous avez effectivement un certain nombre d'entre eux dont on se dit qu'ils viennent essentiellement s'engouffrer dans une manne publique et faire "un coup".
    Mais il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain.

    J'ai fondé La Part de Rêve sur la base d'une activité bénévole que j'ai voulu développer afin qu'elle me permette, comme à tous les porteurs de projets individuels que je rencontre, de créer mon propre lieu d'accueil et de travailler dans l'apport aux autres. Nous sommes aujourd'hui 23 pour autant de projets portés, à ouvertures 2006-2008. Notre vocation première est de répondre aux besoins en permettant l'émergence de la réponse adaptée.
    Parmi nos projets certains ne seront pas bénéficiaires (mise en place d'une S.C.I.C. avec une collectivité) et nous ne facturons pas les études des besoins. C'est à dire que, pour permettre l'émergence de projets, nous ne facturons aucun service tant que la structure n'existe pas.

    L'accueil Petite Enfance est une activité où sont pensées chaque action, chaque décision, en se demandant : quel est l'intérêt pour l'enfant? C'est un milieu où l'on se met au service de l'autre (l'enfant, le parent, la collectivité, l'entreprise, l'équipe de crèche). On ne peut pas raisonnablement raisonner uniquement en financier. Sinon on n'accepte pas les enfants ne marchant pas et on n'ouvre que des structures de plus de 60 berceaux ("usines pédagogiques") et d'autres pour parents capables de payer plus de 1.500 euro par mois de garde.

    D'un point de vue économique, ce qui est fait aujourd'hui dans l'accueil Petite Enfance ressemble à ce qui a été fait (et est encore en train de l'être) dans les trasnports, l'eau, ... Pourquoi vouloir s'opposer à ce qui marche si cela n'est pas fait au détriment de l'ensemble? Il est par contre indispensable de contrôler, et c'est bien là le rôle d'une commission d'appel d'offres, de choisir la société prestatrice suivant des critères particuliers.

    Rémi Demersseman-Pradel

    Posté par Rémi Demersseman, 28 février 2006 à 14:22

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Nanterre et politique - Philippe LACROIX (v 2.1)